Mission CPPR Népal 2018

De la France au Népal – Le partenariat entre le CPPR et le RPN

Compte rendu de la mission Népal :

Par Hélène Allaire et Alexis Le Gac, présidente et secrétaire du CPPR.

Voyage du 12 au 24 novembre 2018.

LES « PROTAGONISTES » DU VOYAGE :

Hélène ALLAIRE, présidente du CPPR

Soigneuse animalière au Parc Zoologique de Paris

Alexis LE GAC, secrétaire du CPPR

Soigneur animalier au Parc Zoologique et Botanique de Mulhouse

Saroj Shrestha, coordinateur des programmes du RPN (Népal)

Tek Rawat, membre du RPN

Jour 1 : Arrivée à Katmandou

A notre arrivée, nous sommes accueillis par MounMoun, une des collaboratrices du Red Panda Network. Elle nous conduit directement à notre hôtel. Saroj nous y rejoint pour que nous fassions connaissance.

Nous parlons du programme des prochains jours et nous évoquons également les problématiques liées à la conservation du panda roux.

Les principaux sujets sont les chiens errants et la déforestation. Nous aurons l’occasion d’aborder ces sujets de nombreuses fois durant le séjour.

Saroj nous donne rendez-vous le surlendemain. Nous allons prendre du repos et nous remettre du décalage horaire.

Jour 2 : Visite de Katmandou

Mme Praguati est une collaboratrice du RPN. Elle est journaliste de métier, et contribue aux axes de communication de l’Association. Elle se charge aujourd’hui de nous faire découvrir les endroits emblématiques de la capitale.

Nous partons donc à 9h30, avec le confort d’une voiture moderne ; Ce qui est un luxe ici car cela permet d’échapper à la pollution ambiante. Katmandou est en permanence recouvert d’un brouillard de particules dues en grande partie aux échappements des véhicules. Cela cause des gènes respiratoires et des picotements au niveau des yeux.

Visuellement, la pollution est également très présente : de nombreux déchets partout, y compris dans les cours d’eau.

Première visite : The Great Bouddha Stupa :

La plus grande Stupa de Katmandou. Un lieu historique et spirituel, où se retrouvent bouddhistes et hindouistes dans divers lieux de prières. Certainement l’un des lieux les plus touristiques de Katmandou.

Deuxième visite : Le Palais Royal :

Toujours en reconstruction depuis les séismes de 2015.

La ville reçoit le soutien de plusieurs nations pour ces travaux, mais ce sont les habitants qui travaillent sur place, avec des moyens rudimentaires.

Nous visitons les musées du palais, portant sur plusieurs thématiques :

  • Fabrication des fenêtres typiques du Népal ;
  • Les colonnes ornementales du palais et leur design ;
  • Les divinités hindoues et bouddhistes.

Les animaux sont largement représentés et font partie de la vie quotidienne des habitants.

Il est rare de manger de la viande (et en général ce sera du poulet), et il est interdit de faire du mal à un animal, quelle que soit l’espèce. A noter également que les vaches ici sont sacrées.

Troisième visite : Zoo de Katmandou :

Il est le seul zoo du Népal !

Globalement, nous trouvons que les enclos sont corrects, hormis quelques uns, assez vétustes. Mais beaucoup de nouvelles installations sont en cours de construction. Nous observons principalement la faune locale dont : cervidés, buffles, rhinocéros indiens, tigres, ours de l’Himalaya, Siamangs etc.

Nous constatons que le parc fait face à des difficultés de gestion des populations pour certaines espèces (captures en milieu naturel, sur-reproduction…) mais depuis peu, il initie des échanges avec d’autres zoos, parmi lesquels : Berlin, Londres, Singapour, et des parcs des États-Unis.

Quatrième visite : Le Temple de Swayambhunath, le Temple des Singes !

C’est un des rares endroits de la capitale où il y a des arbres, et en grande quantité !

C’est ici que nous observons la majeure partie de la population de macaques de la ville. Ils cohabitent avec les chiens errants, également nombreux ici. Traditionnellement, ces animaux sont nourris tant par les habitants que par les touristes. Les conséquences sont nombreuses : conflits violents entre les animaux, détritus partout où nous regardons, maladies et blessures infligées entre les chiens et les primates.

Nous observons également beaucoup de milans, dont certains font des passages près des arbres. Vu le très grand nombre de jeunes macaques, nous pensons que ces oiseaux considèrent cet endroit comme un garde-manger. Malgré ces points négatifs, l’endroit reste inattendu et magique pour nous.

Nous remercions Mme Praguati, qui a été un très bon guide durant toute la journée.

Jour 3 : De Katmandou à Rara

Une fois Saroj venu nous chercher à l’hôtel, direction l’aéroport de Katmandou. Nous devons nous rendre dans la ville de Jumla, dans le district du même nom. Nous y resterons 4 jours, ce sera notre pied à terre pour nous rendre sur les deux sites du programme de conservation que Saroj nous fera visiter.

L’aéroport de Jumla étant fermé pour travaux, nous transiterons à Nepalgunj pour nous rendre à la réserve naturelle de Rara aujourd’hui, ce qui nous rapprochera le plus possible du district, nous épargnant ainsi plusieurs heures de jeep sur piste.

Cela est aussi l’occasion de passer par le lac Rara, le plus grand du Népal.

Nous partons après plusieurs heures d’attente pour deux vols consécutifs, passant au-dessus des plaines du Teraï et de la chaîne du Mahabharat, et nous voilà dans les montagnes de l’Himalaya !

Nous rencontrons à notre arrivée Tek Rawat, un membre du RPN. Il nous accompagnera également à Jumla.

Une jeep nous attend pour nous rapprocher de notre hôtel. Ce premier trajet sur piste dure moins d’une heure. Nous prenons pourtant déjà conscience de la difficulté des déplacements ici : la route est chaotique, très étroite et la poussière ambiante due à la nature des sols et de la roche est une gène constante.

Aux abords du lac Rara, nous laissons les véhicules car nous devons pénétrer dans la réserve naturelle où seuls les déplacements à pieds ou à cheval sont admis.

Nous parcourons durant 1h30 les abords du lac, et nous remarquons d’innombrables déchets tout autour de nous.

Nous évoquons ce sujet avec Saroj. Il nous explique qu’ici comme ailleurs, il n’y a pas de traitement des déchets. Il est conscient de l’énorme problème, et nous montre d’ailleurs des trous dans le sol : ils font office de poubelles (environ 1m3 creusé). Mais la plupart des gens au Népal n’ont pas encore cette conscience des soucis que posent les déchets.

Arrivée à l’hôtel du lac Rara. L’endroit est bucolique et la vue imprenable sur le lac et les montagnes. Beaucoup de tentes font office de chambres mais nous aurons la chance d’occuper une chambre dans la bâtisse en bois.

A partir de maintenant, le confort sera rudimentaire jusqu’à notre retour de Jumla :

  • Courant : La plupart du temps, l’électricité est produite par des panneaux solaires. Les panneaux en question sont petits et peu nombreux. Les prises électriques et la lumière des chambres ne sont donc activées que quelques heures dans la journée (en matinée et en soirée), sauf s’ils n’ont pas pu charger suffisamment les batteries.
  • Eau : Au Népal, elle est non potable. Il faut donc toujours prévoir de l’eau minérale avant de partir quelque part. Au robinet, l’eau coule si les canalisations ne sont pas gelées. L’eau chaude ne fonctionne que rarement, les chauffe-eaux consommant de l’électricité.
  • Chauffage : Inexistant. Les rares endroits accueillants des touristes ont un poêle à bois dans le bâtiment principal servant de restaurant. Le bois est une denrée rare et difficile à acheminer. Dans les villages, ce sont les femmes qui sont chargées de ce labeur : Elles doivent monter en forêt chercher du bois mort, chargé dans des paniers qui sont portés avec une lanière appuyée sur le front. Souvent, elles doivent faire des dizaines de kilomètres.

Chaque matin et soir, les habitants allument ainsi de petits feux le long des maisons pour se réchauffer. S’il n’y a pas de bois, ils utilisent des déchets cartons et plastiques.

Une première soirée inoubliable, où nous avons fait plus ample connaissance avec Saroj et Tek Rawat. Nous échangeons sur nos désirs communs de travailler pour la préservation de notre planète, quelles que soient les difficultés et les espèces en danger. Ils nous font donc comprendre qu’ils sont déjà ravis de notre venue, de notre intérêt et qu’ils ont hâte de nous montrer comment fonctionne le programme de conservation pour le panda roux.

Jour 4 : Jumla

Nous repartons à l’entrée de la réserve, afin de continuer notre voyage vers Jumla en jeep. La route très compliquée nous semble interminable. Les chocs constants provoquent des douleurs sur tout le corps. Pourtant, nous croisons de nombreux véhicules sur le trajet, comme des jeeps, mais aussi beaucoup de bus très remplis, ou encore des deux roues.

Ces pistes sont très empruntées chaque jour par les villageois pour rendre visite à de la famille ou commercer.

Sur ces routes, les troupeaux domestiques sont omniprésents : moutons, chèvres, vaches, chevaux, poulets. Certains sont gardés par des chiens, ce qui cause problème lorsque des pandas roux passent non loin d’un troupeau.

Nous entrons dans le district de Jumla. A la sortie d’un village, un grand panneau du Red Panda Network nous signale (en Népalais) la présence de pandas roux dans les forêts à proximité.

Ces panneaux contiennent des informations générales sur l’animal et sur le programme de conservation du RPN (nous en verrons à chaque endroit considéré comme un « Red Panda Habitat »).

Nous croisons des villageois qui travaillent avec le RPN à la protection des habitats. On les appelle la « Red Panda Communitie ». Ces personnes sont intégrées au projet de conservation. Ils sont sensibilisés et sont un relais de communication envers le reste de la population.

Nous arrivons vers 18h à Jumla, dans le quasi seul hôtel du coin : Kanjirowa. Cet établissement est tenu par une famille tibétaine aux traditions bouddhistes.

PARENTHÈSE : Une action de collecte pour le Népal

Avant le départ, en France, les membres du Conseil d’Administration du CPPR se sont affairés à organiser une collecte de matériels, établie avec les membres du RPN.

Les besoins prioritaires étaient les suivants :

  • Des vêtements pour les gardes-forestiers : Si possible chauds car très froid en altitude, des vêtements de pluie, des chaussures de marche ;
  • Du matériel scolaire pour les écoles qui font parties de la « Red Panda Communitie » : stylos, feutres, cahiers, feuilles, toute idée était la bienvenue !
  • Un purificateur d’eau pour l’école de Sinja (Cf ci-après) ;
  • Des graines pour que les villageois puissent cultiver plus ;

Malheureusement, concernant les graines, nous pensions pouvoir nous en procurer sur place

afin d’éviter des frais de port supplémentaires et surtout d’être sûr qu’elles soient cultivables une fois à destination. Mais là aussi, très compliqué, car pour cela il fallait certains accords du gouvernement qui auraient pris des semaines voire des mois avant de s’accomplir !

Rien n’est perdu car nous continuerons d’acheminer du matériel depuis la France.

Jour 5 : Sinja

Pour se rendre sur la commune de Sinja, 3h de jeep seront nécessaires.

Nous rencontrons les deux gardes-forestiers qui nous guideront du village jusqu’à l’habitat des pandas roux.

Les deux hommes ont pour seul équipement un GPS et une veste du RPN. Leurs chaussures sont vétustes.

Au départ de Sinja, l’ascension vers la forêt est difficile car le flanc de montagne est très

raid. Après la traversée d’un sol aride et herbeux, nous entrons dans une forêt de conifères, mais ensuite les feuillus sont également de plus en plus nombreux.

La végétation étant dense, les gardes utilisent leur GPS, mais ils se servent aussi de marquages, nous recherchons donc un « bloc » … Nous marchons jusqu’à un passage rocheux. Là où l’eau peut ruisseler. Les animaux comme les pandas roux suivent ces cours rocheux pour trouver à boire. Ici, nous trouvons le fameux « bloc ». C’est un rocher imposant, avec une inscription faite par les gardes, contenant les informations suivantes :

  • Numéro du bloc (à chaque fois enregistré sur GPS) ;
  • Altitude (ici 2800 mètres) ;
  • Fléchage indiquant la direction vers l’habitat supposé des pandas roux.

ATTENTION :Nous ne communiquerons pas plus sur les détails, tout simplement car c’est une technique qui doit rester au sein des équipes du RPN, pour ne pas laisser d’informations visibles des braconniers !

Nous espérons que vous comprendrez notre démarche, le braconnage dépasse malheureusement beaucoup de frontières à l’heure actuelle.

Ce fléchage est tracé en fonction des indices trouvés lors de la mise en place du programme de protection. Nous suivons l’itinéraire avec prudence, le terrain est difficile et il y a une probabilité que nous rencontrions des ours noirs de l’Himalaya.

Plus nous montons dans la forêt, plus nous voyons de jeunes poussent de bambous, jusqu’à ce que nous trouvions une immense bambouseraie. Les bambous s’étendent à perte de vue dans les bois, le site est bordé de pins et de très grands érables.

Un habitat idéal pour le panda roux : nourriture dense, arbres nombreux pour se reposer et déféquer. La zone est accidentée, rocheuse, ce qu’adorent ces petits carnivores.

Nous n’aurons pourtant pas la chance de trouver des indices de présence ce jour-là.

Cet habitat est estimé fragile :

  • Plusieurs zones à reboiser ;
  • Présence de villages à proximité ;
  • Nombreux troupeaux en altitude ;

Après notre excursion, nous rendons visite aux enfants de l’école de Sinja.

Ils font aussi partie de la « Red Panda Communitie ». Notre arrivée dans l’après-midi est attendue à cette heure-ci, car les enfants ont normalement quitté l’école pour travailler avec leurs familles (cultures, gardiennage des troupeaux…).

Nous sommes accueillis par un peu moins de 30 élèves accompagnés du directeur de l’établissement et des instituteurs.

Le dialecte ici est un peu différent de celui de Saroj. S’il comprend presque tout, Tek Rawat traduit quelques phrases et donne des précisions. En effets, il y a autant de dialectes au Népal que de districts. C’est pourquoi, dans cette école, les enfants apprennent notamment l’anglais.

Nous posons nos questions et écoutons les commentaires de nos hôtes :

  • L’école manque de moyens matériels : pas de bureaux ni de cahiers pour étudier. Ce qui pose un problème pour apprendre à écrire/lire.
  • Présence de rats, qui grignotent le matériel. L’école dispose de quelques armoires fermées pour mettre le papier en sûreté.
  • Le panneau solaire fournit trop peu de courant. Un ordinateur serait utile mais il ne pourra quasiment jamais être alimenté.
  • L’eau de la source est non potable, comme partout. Les enfants doivent pourtant la boire. Elle est bouillie pour être consommée quand c’est possible.
  • Inégalité fille et garçon : culturellement ici, les garçons ont le droit de se divertir en jouant au foot par exemple. Mais les filles doivent travailler durant ces moments : travail des cultures, port de charge…
  • Les enfants peuvent venir étudier à partir de 4 ans, sans limite d’âge ensuite. Ils sont répartis dans des classes par rapport à leur niveau, et non à leur âge. Généralement, les enfants ne viennent plus à partir de 17 ans, car c’est généralement l’âge de se marier.
  • A Sinja, les enfants étudient l’anglais mais aussi l’environnement. La scolarité coûte 5 dollars par mois au gouvernement. Pourtant, les instituteurs ne sont pas professeurs de métier.
  • Si les récoltes sont limitées, les repas le sont aussi et il arrive que les enfants ne puissent pas manger à leur faim.

Les enfants nous ont remercié de l’intérêt que nous leurs avons portés. L’un d’eux témoigne d’avoir pu observer un panda roux dans le village un matin d’hiver.

Avant de les quitter, nous leurs remettons le matériel scolaire récolté en France (feuilles, feutres, stylos…)

Nous concluons qu’il est urgent de faire parvenir un purificateur d’eau (ne nécessitant ni électricité, ni cartouche à changer régulièrement). Dès notre retour à Katmandou, nous achèterons un purificateur adapté aux besoins de l’école.

Ayant constaté les besoins de l’école, nous savons désormais qu’il sera utile d’envoyer un peu plus de matériels scolaires (Cahiers, crayons, stylos surtout !), éventuellement financer un ordinateur lorsqu’il sera possible pour eux d’avoir un meilleur accès à l’électricité.

La présence récente du RPN permettra peut-être de faire évoluer le confort sur le village.

Jour 6 : Patmara

La commune est située dans une zone plus difficile d’accès que le précédente. Située à 1h30 en jeep de Jumla, les habitations sur le chemin sont rares.

L’habitat des pandas roux se trouve derrière la montagne fermant la vallée. Les deux jeunes gardes-forestiers nous attendent pour cette ascension qui sera très dure physiquement.

Nous commençons donc la marche dans cette zone qui semble désertique au premier abord (vaste flanc d’herbes sèches). Quelques vautours de l’Himalaya sont présents ainsi que d’autres petits rapaces. Nous remarquons qu’il y a aussi beaucoup de rongeurs, d’où la présence certaine de ces oiseaux.

Au sommet, nous sommes à 3773 mètres d’altitude, il fait 7°C. Ce qui attire notre attention sur les équipements des gardes : Une veste RPN et un GPS, l’un d’eux porte des « crocks » en guise de chaussures et ils n’ont pas de vêtements vraiment chauds.

La descente sur l’autre versant s’avère complexe car très raide. Et nous apercevons la forêt de conifères et de feuillus juste en face de nous, fixée sur les pentes abruptes.

Là encore, on nous explique que c’est un habitat idéal pour le panda roux : les arbres qu’ils préfèrent pour se reposer ou faire leurs besoins abondent, il y a beaucoup d’arbres creux, les bambouseraies sont nombreuses.

Les gardes sont venus ici deux semaines auparavant, mais ils ont pu observer un individu lors d’une patrouille pour la dernière fois deux mois avant notre venue.

Notre but aujourd’hui est de trouver au minimum quelques indices de présence, notamment des excréments. Les gardes ayant déjà effectué plusieurs patrouilles auparavant, ils trouvent plusieurs « crottoirs » assez proches les uns des autres ! Une victoire pour nous !

Ces observations sont compliquées car le petit panda défèque en hauteur, sur les grosses branches qui poussent vers une tendance plane. Il faut donc grimper pour en trouver.

Toutes les observations sont enregistrées sur le GPS, ce qui permet une traçabilité des observations et un certain suivi. Cela facilite aussi les recherches lors des patrouilles suivantes.

Ici, on parle de jungle tellement la végétation est dense.

Au total, nous trouvons 4 « crottoirs » dont l’un d’eux contient les excréments d’un tout jeune panda roux; un bel indice nous indiquant que la population ici est prospère.

Nous remontons à flanc de montagne, toujours dans l’épaisse masse forestière, parmi les bambous. Nous recherchons maintenant visuellement les animaux. Notre œil est souvent attiré par les lichens qui poussent sur presque tous les gros arbres (résineux), car ces mousses sont orangées.

On a alors l’impression de voir un panda roux en boule ! Preuve que son pelage est un parfait camouflage dans ces forêts. Malheureusement, nous n’aurons pas l’opportunité d’observer ces animaux si discrets et plutôt actifs la nuit.

Durant l’excursion, nous relevons deux problématiques notables sur cette zone :

  • Quelques parcelles de forêts sont largement déboisées, ce qui fragmente cet habitat et confine la population.
  • Une partie des bambous est arrivée en fin de cycle de vie, il ne se régénère donc pas (durée de vie d’une dizaine d’années).

Pour ces deux soucis, des solutions de reforestation sont envisageables. Ce travail a d’ailleurs commencé l’an passé avec l’aide de la « Red Panda Communitie » (autrement dit les habitants du village) ; Les enfants ayant participé avec leurs parents à cette tâche.

D’ailleurs, il est temps pour nous de nous rendre dans l’école de Patmara.

Nous sommes un samedi, l’école est donc fermée. Mais les élèves et le directeur se sont organisés pour que l’on puisse se rencontrer. A noter qu’ici, comme ailleurs dans la région, les enfants doivent travailler comme leurs parents pour subvenir aux besoins du foyer.

Certains nous rejoignent donc après leurs travaux (Par exemple, le samedi, c’est jour de lessive pour les filles, elles nous rejoignent dès que cette tâche est accomplie).

Ils nous parlent beaucoup de la nature qui les entoure et de l’importance pour eux de la préserver. Malgré des conditions de vie difficile, ils aiment habiter ici. L’existence du programme de protection pour les pandas roux est donc ici une aubaine pour tous.

Les enfants ont une très bonne connaissance de leur environnement, et sont très au courant des problématiques qui pèsent aujourd’hui sur la planète. Ils nous parlent même du réchauffement climatique et de ses effets.

Nous leur faisons parvenir la seconde partie des fournitures scolaires récoltées en France.

Ils sont heureux que nous ayons fait le déplacement, chaque personne le prend comme un geste de soutien et de reconnaissance dans leur implication.

Retour à Jumla après cette dernière entrevue.

JOUR 7 : LE MONITORING, LES ACTIONS CONCRÈTES DANS LE MILIEU NATUREL

Le dimanche matin, en attendant que les gardes-forestiers nous rejoignent à Jumla, nous profitons du beau temps pour aller sur les hauteurs de la ville avec Saroj, pour avoir une vue entière sur les lieux. Cette balade et le temps qui nous était accordé durant la matinée nous a permis de dialoguer sur les conditions diverses entre la France et le Népal (économie, politique, agriculture, etc).

Les gardes forestiers arrivent ensuite à l’hôtel depuis leur village respectif (Sinja et Patmara) à pieds ! Un véhicule ou même un cheval pour les déplacements se trouve être trop onéreux pour eux… 

Nous commençons donc le débriefing. Le but premier étant la transmission des informations entre les deux villages, continuer la formation sur le terrain, parler des problématiques actuelles, etc.


Photo de la tablée avec de gauche à droite Hélène, Saroj, Raj Kumar Bada (22 ans), Ram Kumar Thapa (18ans), Maheshewa Tewari (35 ans) et Mohan Joshi (38 ans). Photo par Alexis.
Raj et Ram étaient les 2 gardes-forestiers du lieu de vie de Patmara !
Maheshewa et Mohan étaient ceux de Sinja.

La présentation commence avec les généralités du panda roux. En plus de ce que nous savions déjà, nous en avons appris plus sur son mode de vie dans ce pays :

  • Au Népal, il vit entre 2200 et 3900 mètres d’altitude.
  • Son alimentation : 70% de bambou, 20% d’œufs, 10% de fruits (ces chiffres ne correspondent pas du tout aux données que nous trouvons généralement)
  • La reproduction est quasi similaire qu’en captivité en Europe : période de reproduction et nombre de petits (généralement 2, rarement 3)

Les points suivants concernent les menaces :

  • En plus de la déforestation pour le bois de chauffage, les troupeaux qui montent en altitude pour les pâtures fragmentent aussi énormément l’environnement ;
  • La durée de vie des variétés de bambous présentes : 10 ans seulement !! Il est donc nécessaire de replanter souvent des pousses pour une alimentation permanente des pandas ;
  • Les chiens errants : sûrement la problématique la plus importante. En effet les chiens sont utilisés pour protéger les troupeaux des panthères et des ours lorsqu’ils sont en montagne mais aucune gestion de la reproduction n’est organisée.

A cause de la fragmentation de leur habitat, les pandas s’approchent souvent des villages et sont donc attaqués par les chiens, et beaucoup d’entre eux errent aussi dans les montagnes. Le risque en plus d’être tué par un chien, est d’être contaminé par des maladies transmissibles des canins aux pandas.


Panda retrouvé mort des blessures causées par un chien
  • Les anciennes croyances tibétaines : La culture tibétaine voudrait que lorsque l’on voit un panda roux, cela porte malheur ! Il faut donc le tuer et le porter en guise de toque durant la ou les festivités suivantes afin que cela porte bonheur à la personne.

Le programme d’éducation est donc nécessaire pour toujours plus d’écoles, dans les villages qui sont très isolés.

  • Le braconnage : le panda roux étant prisé pour sa fourrure, il reste braconné régulièrement. Les gardes-forestiers organisent 4 études de terrain du milieu de vie qui leur est attribué par an (Cf suite : Comment font les gardes-forestiers ?), plus 2 supplémentaires avec les équipes du RPN et des policiers locaux, souvent à la période d’octobre/novembre.

Pourquoi ? Car il s’agit de la période des festivités au Népal, et les villageois sont rarement en montagne. Le terrain est donc plus tranquille pour les actions des braconniers.

Il faut savoir aussi que braconner un panda roux peut être condamnable de 10 ans de prison, sauf si la personne peut payer une amende conséquente pour ne pas y aller…

 Le sujet suivant : Comment font les gardes-forestiers ?

PS : Pour information, il existe à l’heure actuelle 43 équipes de gardes-forestiers qui travaillent sur les sites assurant la présence du panda roux, soit 86 gardes (4 femmes en faisant partie), dans la partie Est et Centre du Népal. Les gardes de Sinja et Patmara sont les premiers à travailler dans l’Ouest (l’extrême Ouest n’étant pas encore étudié).

La méthode est simple, lorsqu’on l’a comprise ! Il s’agit d’un protocole établit par le RPN.

Le RPN fourni aux gardes-forestiers 3 feuilles d’étude (pour l’environnement naturel, l’environnement dit humain, et les informations sur le panda roux) pour chacune des étapes officielles sur le terrain (4 par an).

Ils étudient « bloc par bloc » naturel, soit un kilomètre carré par bloc à chaque fois. Le terrain est ausculté à chaque plot, avec une méthode bien précise : qu’y a-t-il autour de nous 1 mètre à la ronde, 3 mètres à la ronde, puis 9 mètres à la ronde, cf schéma suivant :


Le carré jaune représente un bloc d’étude.
Les plots sont situés à chaque croisement d’un trait rouge avec un jaune, ainsi qu’en son centre.

Étudier ce qu’il y a autour de soi.

Les informations relevées sont ainsi donc très variées

L’environnement naturel :

  • Quelles variétés d’herbes, d’arbustes, d’arbres ?
  • Quelles structures rocheuses ? types de terrains (plats, abruptes) ?
  • Présence de cours d’eau, cascade, terres humides (présence d’une source) etc.

L’environnement dit humain :

  • Présence de troupeaux domestiques ;
  • Présence de déforestation, développement des cultures, etc.
  • Présence de chiens domestiques errants ;
  • Informations sur le panda roux :
  • Indices de présence (fèces, empreintes, traces de griffes sur les troncs, bambous consommés), si par chance : observation d’un individu vivant !!
  • Indices de présence de prédateurs ;
  • Indices de braconnage (pièges, etc) ;

Traces de griffes sur un tronc

Là, il y a un panda ! Et oui !

Des pièges photographiques seront prévus dans les prochains temps pour les deux lieux de vie de Sinja et Patmara afin d’étudier et recenser au mieux les pandas.

La formation des gardes-forestiers à l’utilisation d’un GPS est toute aussi importante, car en effet, on ne peut pas dire que ce type d’appareil est commun dans leurs mœurs. Ils se repèrent en grande partie à leurs connaissances du terrain.

Dernier sujet abordé : Les Ecotrips :

Ensuite, nous avons parlé de l’écotourisme proposé au Népal par le RPN. Pour le moment, ces « trekkings » qui permettent aux touristes de pouvoir observer des pandas en milieu naturel pendant une dizaine de jours est installé dans l’Est (terrain facile) et le Centre (difficile) du Népal. Ils s’adaptent à tout public, provenant de partout dans le monde.

Ils sont proposés durant deux périodes de trois mois sur l’année : la période des accouplements et celle des naissances. Ce sont les plus propices à l’observation des pandas, et surtout les plus attractives !

L’argent récolté sert justement à soutenir financièrement les « Red Panda Communities » et les gardes-forestiers dans leurs modes de vie. A savoir, pour eux, une partie leur est reversée en argent et l’autre en nourriture du fait qu’ils ne disposent pas toujours de ressources nécessaires pour s’alimenter.

Nous concluons cette journée très riche en offrant aux gardes-forestiers des tee-shirts à l’effigie du panda et du CPPR pour leur montrer notre soutien dans cette cause et surtout dans leur travail qui est vraiment difficile.

De retour à Katmandou

Après notre dernier jour à Jumla, nous faisons un trajet de 14 heures de route pour rejoindre Nepalgunj ! Une nuit à l’hôtel puis départ en avion pour Katmandou.

Dès notre retour, Saroj nous conduit au sein des bureaux du RPN. Nous avons pu rencontrer Ang Phuri Sherpa, directeur de l’Association. Il était très ravi de notre venue, car nous étions en fait les premiers de leurs partenaires à nous rendre sur place !

Nous étions le 20 novembre, neuvième jour de notre voyage. Le temps pour nous de retrouver nos repères dans la ville, et nous nous sommes affairés le lendemain à la recherche de boutiques, magasins, artisans ou autres, qui nous permettraient de trouver des articles à ramener en France, mais pas n’importe lesquels !

Nos critères de recherches :

  • Des articles fait mains par les populations locales, isolées ou défavorisées ;
  • L’artisanat népalais dans sa plus pure tradition ;
  • Des produits écologiques ou naturels autant que possible ;
  • Des articles qui ne passent pas par l’esclavagisme des enfants ;
  • LE TOUT : sans passer par des organismes ou productions qui prélèvent un bénéfice sur la part des ventes, pour que les producteurs soient rémunérés directement ;

Deux boutiques ont retenu notre attention :

  • One Tree Stop : Une petite mais intéressante boutique qui propose une collection de souvenirs originaux et de qualités, produits par des groupes de femmes, des ONG et des ateliers locaux triés sur le volet. L’originalité des lieux : la boutique est au rez de chaussée d’un café aménagé autour d’un immense et vieux banian qui emploie principalement des serveurs malentendants.

Par soutien pour cette cause, nous nous sommes accordé quelques minutes pour s’y arrêter prendre un café.

  • Mahaguti : Un très grand choix d’articles en tout genre, en grande partie fabriqués par des personnes défavorisées ou issues de minorités. La boutique s’inscrit dans le « World Fair Trade », organisation internationale qui favorise le commerce équitable, lutte contre l’esclavagisme, développe le travail dans de bonnes conditions, participe au respect de l’environnement, crée des avantages et des opportunités économiques pour les producteurs, etc.

Etant donné que nous sommes une Association qui souhaite promouvoir l’artisanat népalais et développer la vente en France, nous avons créé la surprise en achetant de grandes quantités de certains articles !

Malheureusement certains que nous proposerons seront en quantité extrêmement limitée, car les stocks de produits fait main ne sont pas toujours disponibles.

Remerciements

Nous tenons à remercier tout les adhérents et bénévoles du CPPR qui nous soutiennent au quotidien toute l’année ainsi que tout nos partenaires sans qui ce voyage n’aurait pas été possible !

Cela nous a permis de savoir concrètement les actions de terrain par le RPN, de savoir ce qui est fait et ce qui sera encore à faire !

Nous participerons dans l’avenir à des projets initiés par le RPN, comme par exemple des zones naturelles à reboiser et une grande campagne de stérilisation et de vaccination des chiens errants.

Nous espérons tout de même pouvoir retourner régulièrement au Népal, afin de s’assurer de la continuité des actions et en développer des supplémentaires.

Merci à tous !

Hélène et Alexis

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